Critique : Imitation Game

Dans une époque où les héros se doivent d’avoir des pouvoirs et d’être toujours plus classe et stylisé les uns que les autres, un film réussit à nous prouver que sauver des millions de personnes n’est pas forcément gage de respect et d’amour de ses concitoyens. Plus encore, Imitation Game nous démontre à quel point l’Homme oublie ou bien pire encore, ne se rend pas compte, des véritables héros qu’il a à ses côtés. Inspiré d’une histoire vraie, le film de Mortel Tyldum est une oeuvre impitoyablement froide et réaliste qui nous permet de connaitre une facette inconnu pour nombre d’entre nous, de la Seconde guerre mondiale.

 

Un récit poignant

Dés les premières minutes, une sensation de mal-être, de froideur se dégage de ce long-métrage. Nous sommes ici bien loin d’un film de guerre classique, parfaitement rôdé et divisé en plusieurs actes politico-dramatiques saupoudrés d’action, d’amour et d’héroïsme. Non, loin des clichés dont le cinéma peut parfois infliger aux moins intéressés (ou intéressants) d’entre nous, Imitation Game se veut plus intimiste, plus centré sur une personne que trop peu de monde (et moi le premier) ne connait. Aviez-vous déjà entendu parler, sincèrement, d’Alan Turing avant de voir sur une chaîne de votre télévision la bande-annonce de ce film et sur les chances d’Oscar de son protagoniste, Benedict Cumberbatch ? Cet homme, ce génie, a simplement, dans l’indifférence la plus totale, sauvé des millions de gens. Sans lui et son invention, la Seconde guerre mondiale ne se serait pas terminée en 1945, mais plutôt aux alentours de 48-49 (avec une fin plus tragique que celle que nous connaissons). En effet, Monsieur Turing, Mathématicien de génie, mais aussi Cryptographe, a réussi à concevoir une machine permettant de déchiffrer les codes que s’envoyaient chaque jour les plus hautes autorités Nazis et qui avaient pour but d’abattre quantité d’Alliés ou de Résistants pour finalement envahir l’Europe. Le film nous explique comment cette machine a été conçue et toutes les épreuves qu’il a fallu surmonter pour en arriver là.

Une autre vision de la guerre

Le point fort de ce long-métrage n’est pas seulement son histoire, inconnu pour bon nombre de personnes, mais l’aspect de la guerre traité. Durant les 1h50 de projection, pas une seule fois il n’est fait allusion aux massacres des Juifs, aux camps de concentration et à toutes les horreurs connues et reconnues durant toutes ces années. On se concentre plutôt sur le temps qui s’écoule et sur la nécessité de trouver une solution pour contrarier les plans d’Hitler et pour sauver les peuples libres de la Terre. Le manque de nourriture, les bombardements survenant en pleine journée, les attaques sous-marines contre les Américains apportant des vivres, la peur du quotidien,…On ressent au fur et à mesure que le temps passe toute cette nécessité de trouver le remède à tous ces maux. Et on espère qu’Alan Turing, malgré le mépris parfois saisissant qui est fait à son égard et à ses travaux, trouvera la solution au plus vite, mais surtout qu’il réussira à gérer sa position de force quand le moment viendra. Je ne peux bien évidemment pas vous révéler les moments clés et l’ensemble des retournements de situation dont le film est composé, mais sachez que je me suis surpris à avoir de véritables frissons qui me parcouraient le dos tant certains passages mettent le spectateur sous pression. Néanmoins, il y a simplement un aspect du film qui m’a déçu et que j’ai trouvé trop redondant, c’est la volonté du réalisateur à tenter de nous expliquer les causes du mal-être de Turing et à rejeter l’incompréhension des autres sur le fait qu’il était homosexuel. Bien que tout cela soit tourné de manière à ce qu’on se rende compte à quel point cet homme était torturé par ses attirances et la non-compréhension des autres et qu’on souhaite nous faire découvrir la bêtise des gouvernements en ces temps , j’ai trouvé quelque peu pompeux de rappeler à maintes reprises son homosexualité. La raison est simple, à force de vouloir se justifier d’un fait que l’on trouve injuste et immoral, on arrive parfois à implanter un idéal contraire dans la vision des gens. Comprenez : réaliser un fait, même inhumain, c’est quelque fois être d’accord, ou amener les autres à l’être avec ce fait. Il aurait été plus sage d’évoquer ce point plus brièvement dans le film et d’y consacrer un paragraphe avant le générique de fin.

Cumberbatch est un génie

Connaissiez-vous cet acteur auparavant ? Révélé dans la série Sherlock mais aussi grâce aux longs métrages Star Trek Into Darkness ou 12 Years a Slave, l’acteur Britannique de 38 ans est simplement éblouissant dans ce rôle. Son interprétation est remarquable et légitime et on ne peut s’empêcher de se dire que personne d’autre n’aurait réussi à égaler son jeu d’acteur. S’il est peu probable que l’Oscar lui revienne cette année, je suis persuadé que cela viendra un jour et qu’il ne serait pas insensé de penser que cet acteur va jouer un rôle très important dans le cinéma des années à venir. Son visage, ses traits et ses expressions lui permettent de pouvoir jouer un sauveur,  un héros tout comme un terroriste international. Chapeau bas à lui ! Pour le reste du casting, Keira Knightley est intéressante mais trop effacée (et pour tout vous dire, je ne suis pas un grand fan de la dame dont les prestations manquent souvent de saveurs). Mark Strong (Kick Ass, Robin des Bois, Sherlock Holmes,…) fait du Mark Strong, simple et efficace. Enfin, Charles Dance, l’infâme Tywin Lannister de Game of Thrones, est toujours aussi…infâme. Un rôle sur-mesure pour lui.

 

Conclusion :

Pour une fois, un film ne m’a pas marqué par ses effets spéciaux, son action frénétique ou le rocambolesque de ses dialogues. Non, Imitation Game est plus que cela. Il nous apprend que les véritables héros existent, mais qu’on ne les connait pas ou peu et qu’on a tendance à les oublier aussi vite qu’une journée pluvieuse. Ce long-métrage suit un rythme calme, presque plat, mais joue sur l’évidence qui se trame et sur la nécessité de sauver des vies. Pas seulement bon à voir et à comprendre, cette oeuvre est à partager et à diffuser dans les écoles. Prouver que l’indifférence que l’on porte à certains hommes, malgré leurs attirances sexuelles ou leurs états d’esprit, est le premier pas du déni. Bouleversant et très bien réalisé, Imitation Game est un film de guerre, qui ne nous parle pas de celui qui l’a provoqué, mais de ceux qui ont trouvé les solutions pour y mettre fin. Bravo.

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