Critique : American Sniper

Je dois l’avouer, je n’ai jamais vu un seul vieux film de Clint Eastwood en tant qu’acteur. En fait, j’ai réellement découvert ce homme d’aujourd’hui 84 ans avec Mystic River dont il était bien évidemment le réalisateur. Mais c’est avec la double casquette et en étant devant et derrière la caméra que j’ai commencé à m’intéresser vivement à lui. C’était en février 2009 et le mec nous sort un petit bijou cinématographique nommé Gran Torino. Et à partir de ce moment là, je me suis dit qu’il fallait plus de films de cette envergure. Et j’ai regardé Million Dollar Baby puis Invictus et je suis doucement tombé amoureux. Malheureusement, ses derniers longs-métrages, Au-Delà, J. Edgar et Jersey Boys ne m’ont pas transporté, loin de là. Alors, Clint a t’il retrouvé de sa splendeur avec American Sniper, son nouveau film, adulé aux Etats-Unis et avec en tête d’affiche le beau gosse Bradley Cooper ?

 

C’était ma guerre

Le film retrace l’histoire vraie de Chris Kyle, un sniper envoyé en Irak pour protéger ses camarades de la Navy Seal et combattre le terrorisme coûte que coûte. Originaire du Texas, Chris souhaite devenir un véritable Cow-Boy jusqu’au jour où il se rend compte que son pays est victime d’actes terroristes de plus en plus meurtriers et que son âme de patriote le pousse à s’engager pour servir son pays. Faisant désormais partie des Forces spéciales de la marine Américaine, il est envoyé en Irak à la suite des attentats du 11 septembre pour les faits et l’histoire que l’on connait tous. Bien qu’il ait envie d’y aller, cette guerre et ce qu’elle produit, va le changer et le faire devenir une légende, un sniper dont la réputation s’étend au travers de toutes les forces armées Américaines et ennemies. Mais tout cela a un prix et ce qu’il vit le change et ses retours au près de sa famille ne se passent pas comme prévu. Je ne vous en dirais pas plus sur la trame scénaristique, même si bien évidemment vu que c’est tiré d’une histoire vraie, on connait tous les moments forts. Sur le papier, le pitch est très intéressant et nous permet d’avoir une autre vision de cette guerre contre le terrorisme. American Sniper est à mon sens, à mi-chemin entre La chute du faucon noir de Ridley Scott et le moins connu Machine Gun de Marc Forster sorti en 2011 avec Gerard Butler. On y entrevoit toute la violence des combats et le chaos qui règne dans les rues Irakienne et cette tension palpable de tous les instants. Dur et percutant à la fois, le film nous rend compte de la tristesse et de la bêtise humaine, de l’intime conviction qu’il faut combattre l’idéologie terroriste et nous transporte dans la peau de Bradley Cooper pour se croire sur le champ de bataille. Magnifiquement filmé, le dynamisme de chaque scène et la logique de ses transitions nous donnent ce sentiment d’être les partenaires intimes du héros et de vivre à ses côtés toutes les dures épreuves de sa guerre. En clair, du côté purement scénaristique et visuel (petit bémol néanmoins pour le bébé en plastique, faut pas exagérer !), American Sniper est un des meilleurs films de guerre qu’il m’ait été donné de voir.

 

Clint le Républicain

Et c’est ici même que le film m’a relativement désappointé. Si Eastwood n’est pas tombé dans les clichés de l’apologie de la Guerre, et démontre bien souvent toutes les horreurs qu’elle apporte et les retombés physiques et morales qu’elle engendre, il ne fait cela que d’un seul côté. Voir American Sniper et l’adouber, c’est prétendre dire que l’armée Américaine est composée de héros qui sauvent le monde contre les méchants Irakiens musulmans qui veulent tout tuer. Attention à l’amalgame, car on ne voit presque jamais les dérapages des soldats Américains, ni la bienveillance de nombreux habitants Irakiens. C’est un peu les gentils contre les méchants, Iron Man (l’armée Américaine) contre Thanos (Al-Quaïda ici représenté par tous l’Irak). Au cas où vous ne le sauriez pas, Clint Eastwood est très engagé politiquement parlant dans son pays. Il a été Maire d’une petite ville et soutient régulièrement les candidats au parti Républicain. Ce film c’est un peu l’éloge des décisions du gouvernement Bush et la preuve que « L’armée des Etats-Unis est la plus forte et sauve le Monde ». Et c’est bien dommage car même si la guerre est parfois nécessaire (pour défendre la liberté ou toute cause juste), je trouve que le long métrage s’étend trop sur l’héroïsme de son personnage (même si c’est le but) et trop peu sur les dérives de tout cela. Du fait que ce n’est pas une fiction, il aurait été préférable d’être peut-être un peu plus terre à terre car certaines images pourraient pousser les plus naïfs ou faibles à un sentiment de haine non contrôlé et injustifié. Même si cela n’engage que moi.

 

Cooper au sommet

Autre point important à noter dans ce film, c’est l’incroyable performance de Bradley Cooper, très juste et extrêmement touchant dans le rôle de Chris Kyle. L’acteur de 40 ans m’a très agréablement surpris dans ce type de rôle surtout après le décevant American Bluff ou son rôle trop effacé dans The Place beyond the Pines. Il a réussi à prendre possession de son personnage et la ressemblance avec le véritable Chris est souvent frappante. Son corps a aussi incroyablement changé pour ce film avec une musculature très prononcée et un oubli total d’abdominaux (désolé mesdames). Bref, même s’il n’a pas obtenu l’Oscar de meilleur acteur, je suis tout de même enchanté de sa prestation qui, je l’espère, en amènera d’autres de la sorte. À ses côtés, Sienna Miller est parfaite et resplendissante, et bien que je ne la connaissais que très peu, j’ai été agréablement surpris par son charisme et sa présence. Rien de transcendant à noter au niveau des seconds rôles si ce n’est le père de Kyle et son frère que j’ai trouvé bon mais trop vite oublié.

 

Conclusion :

American Sniper est un grand film de guerre. Très bien raconté et savamment réalisé, il lui manque tout de même un retour sur soi. Trop axé héroïsme et pas assez humain, il m’a déçu sur ce point qui aurait mérité plus de considération de la part de Clint Eastwood qui a peut-être malgré lui rendu hommage à Chris Kyle en avançant des thèses pro-Républicaines. Mais si vous vous foutez d’une quelconque idéologie politique inconsciemment promue, alors courrez voir American Sniper qui reste d’une beauté incomparable et impitoyable et qui prend la forme d’une balle nous traversant en plein cœur.

 

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